[Agile Tour Paris] – Trois conférences pour parler d’agilité

Le mardi 20 novembre a eu lieu, dans les locaux de Microsoft à Issy-les-Moulineaux, l’Agile Tour Paris 2012.

Après la keynote de Véronique Messager sur le management humaniste, j’ai eu l’occasion d’assister à plusieurs conférences très intéressantes. Je vous propose le résumé de  3 d’entre elles qui m’ont particulièrement intéressé.

La carte et le territoire par Thierry Montulé

L’agilité, vous l’aurez compris, est avant tout un ensemble d’outils, chacun offrant une ou plusieurs pistes pour résoudre des problématiques spécifiques.

Pour illustrer ce que représente pour moi l’agilité, j’aime penser à un déjeuner au restaurant. Si nous ne disposons que d’une cuillère à soupe, tout ira bien tant qu’on ne commande que de la soupe. Qu’arrivera-t-il si on a envie d’un morceau de viande ? Nous serons bien obligé de trouver un autre outil, ou plusieurs, nous permettant de le manger.

Dans un projet il en va de même. Parfois, Kanban ou Scrum seuls peuvent suffire, et parfois on piochera dans une méthodologie et dans une autre en les combinant pour trouver  une solution adaptée aux problématiques spécifiques de tel ou tel projet.

Lors de cette conférence, Thierry Montulé a proposé, à partir de plusieurs méthodologies, de chercher via un atelier comment combiner ces dernières.

L’Agile Golden Circle

Le Cercle Doré Agile est une représentation visuelle sous forme de cercles imbriqués de l’importance donné à quelque chose, en allant du plus important, à l’intérieur, jusqu’au moins important à l’extérieur.

On trouve ainsi :

  • Why / Pourquoi : La motivation
  • How / Comment : Le processus de fabrication
  • What / Quoi : Le produit

Au cours de cette session, on a pu voir cette représentation appliquée aux méthodologies agile de la manière suivante :

  • Why / Pourquoi : Les valeurs
  • How / Comment : Les principes
  • What / Quoi : Les pratiques

Alors qu’il existe de nombreuses pratiques parmi les différentes méthodologies, et un faible nombre de valeurs distinctes, il existe un nombre intermédiaire de principes. L’objectif de l’atelier étant de combiner ces méthodologies, il a donc été naturel de s’intéresser uniquement aux principes.

Les principes

Quatre méthodologies ont été vues au cours de cette atelier, à savoir Lean, Lean Software Development, (Lean) Kanban et Scrum. Voici les principes qui ont été utilisés :

  • Lean
    • Identify Value
    • Map the Value Stream
    • Create Flow
    • Establish Pull
    • Seek Perfection
  • Lean Software Development
    • Optimize the Whole
    • Eliminate Waste
    • Build Quality In
    • Learn First
    • Deliver Fast
    • Engage Everyone
    • Keep Getting Better
  • Kanban
    • Start with what you do now
    • Agree to pursue incremental, evolutionary change
    • Initially, respect current roles, responsabilities and titles
    • Encourage acts of leadership at every level
    • Visualize
    • Limit WIP
    • Manage Flow
    • Make Process Policies Explicit
    • Implement Feedback loops
    • Improve collaboratively, Evolve Experimentally
  • Scrum (En réalité les 12 principes Agile )
    • Priority is to satisfy the customer
    • Welcome change
    • Deliver frequently
    • Work together
    • Maintain motivated individuals
    • Face-to-face conversation
    • Primary measure of progress is working software
    • Maintain a constant pace
    • Technical excellence and good design
    • Simplicity
    • Self-organizing teams
    • Reflect on how to become more effective

L’atelier

Les principes énoncés précédemment ont été distribués à trois groupes de six personnes sous la forme de cartes à coller sur un morceau de papier blanc. L’objectif était d’organiser les cartes et de les relier à l’aide de feutres pour combiner les différents principes.

Cet exercice a été plutôt difficile, chacun ayant une préférence pour telle ou telle méthodologie et ainsi essayant de la mettre en avant ou de la séparer des autres. De plus, le nombre assez élevé de cartes sur un espace au contraire plutôt réduit n’a rien arrangé. Cependant, lorsque nous avons pensé à supprimer les doublons, ou les principes qui étaient simplement énoncés différemment mais qui exprimaient la même chose, le message réel de l’exercice nous est apparu…

Retour d’expérience

Bien que très rapide, l’atelier a cependant permis de souligner à quel point chacune des méthodologies agiles tente, à sa manière et en répondant à des problématiques spécifiques, d’aller dans la même direction, à savoir la réussite de nos projets.

Ces outils ne sont en aucun cas contradictoires et il est recommandé de les combiner afin de trouver une solution réellement adaptée. Lors d’un précédent article , je parlais des GASPs, une manière de rendre Scrum plus flexible. De la même manière, il est plus que probable qu’une seule méthodologie ne réponde pas à l’intégralité des problèmes rencontrés lors d’un projet. A vous donc de varier les plaisirs et les principes, afin d’obtenir une solution vraiment efficace.

Introduction à la pensée systémique par Thomas Lissajoux

Cet atelier s’est déroulé en trois parties, dont deux serious games. Ces derniers, la descente du bâton et les formes d’aveugles, ont déjà été traités dans  cet article , raison pourquoi je ne reviendrai par sur leurs fonctionnements respectifs aujourd’hui.

Ces jeux, que j’ai vus utilisés pour souligner l’importance de la communication et de la collaboration au sein des équipes, ont été ici employés pour illustrer la pensée systémique.

La pensée systémique est une autre manière d’aborder la réalité, en recherchant à repérer les différents systèmes en actions, leurs éléments et leurs interactions, internes et externes. Dans le monde de l’informatique, nous recourons parfois à cette approche, consciemment ou non, pour trouver une logique à un problème et ainsi en venir à développer une solution technique.

Dans le cas du jeu “Formes d’aveugles”, Thomas Lissajoux préconise d’être dans un espace réduit (nous étions dans le hall, donc avec beaucoup trop de place) afin d’observer les différents groupes se mélanger et rendant l’exercice ainsi beaucoup plus représentatif. En effet, chaque groupe pouvait être considéré comme un système indépendant, avec un mode de fonctionnement propre et un mode de communication unique. Ne pouvant pas voir, dans l’hypothèse où les groupes seraient proches les uns des autres, il paraît évident qu’à un moment donné les “systèmes” brouilleraient totalement la communication des autres groupes, rendant ainsi impossible une quelconque coordination.

La troisième partie était un exposé donné par Thomas Lissajoux sur la pensée systémique.

Thomas définit la pensée systémique de la manière suivante :

Comprendre comment les éléments (s’)influencent (au sein d’)un système

De même il nous a donné douze conseils pour avoir une approche systémique:

  1. Rechercher une vision d’ensemble
  2. Multiplier les perspectives
  3. Etudier les évolutions et patterns
  4. Structures et règles définissent le comportement
  5. Penser en termes de causes circulaires
  6. Comment les modèles mentaux affectent le présent et le futur
  7. Résister aux solutions évidentes
  8. Comprendre la structure pour trouver les leviers
  9. Considérer les conséquences à court et long terme
  10. Anticiper les conséquences indésirées
  11. Prendre en compte les délais
  12. Des feedbacks courts pour adapter ses actions

La pensée systémique, de par sa nature, permettra aux coachs agiles et autres de trouver comment, quand et où intervenir pour que les actions entreprises soient les plus efficaces. En effet, voir une équipe ou une organisation comme un système plus ou moins complexe, permettra d’appréhender parfois plus clairement les différents obstacles qui peuvent se dresser comme par exemple lors d’une transition vers l’agilité.

Psychologie Agile par Jean-Charles Meyrignac

Cette session, délibérément provocatrice, traite principalement des motivations des principaux acteurs présents dans une organisation.

Jean-Charles Meyrignac estime qu’il existe quatre niveaux au sein des organisations et que l’un des principaux freins à l’agilité est la motivation évidemment très personnelle de chacun des acteurs de ces différents niveaux.

Ces niveaux forment une pyramide dont la base est l’exécution. Ensuite viennent l’organisation, la direction et enfin le client. Cette pyramide représente en fait un organigramme classique d’entreprise.

Afin de souligner les différences de motivations, chaque niveau a été caractérisé par trois points :

  • Qu’est ce qui me motive ?
  • Mon intérêt envers l’agilité ?
  • Qui suis-je ?

Premier niveau : L’exécution

  • Qu’est ce qui me motive ?
    • Je veux être fier de mon travail
    • Je veux être auto-organisé
    • Je veux montrer de quoi je suis capable
  • Mon intérêt envers l’agilité ?
    • XP et Kanban m’aident à mieux travailler
    • J’aime l’approche “qualité”
    • J’aime le principe de simplicité
  • Qui suis-je ?
    • Je suis un créateur de la qualité

Deuxième niveau : L’organisation

  • Qu’est ce qui me motive ?
    • Je veux finir le projet
    • Je veux optimiser les interactions afin que tout aille bien
  • Mon intérêt envers l’agilité ?
    • Scrum est idéal
    • J’aime l’approche “besoin”
    • J’aime l’idée de faire moins pour avoir plus
  • Qui suis-je ?
    • Je suis un créateur de satisfaction

Troisième niveau : La direction

  • Qu’est ce qui me motive ?
    • Je veux réussir (selon mes critères de réussite)
    • Je veux avoir confiance en moi
    • Je veux montrer que je sais décider
  • Mon intérêt envers l’agilité ?
    • Lean me correspond
    • J’aime l’approche “coût”
    • J’aime le concept du ROI
  • Qui suis-je ?
    • Je pense globalement

Quatrième niveau : Le client

  • Qu’est ce qui me motive ?
    • Je veux résoudre le besoin
    • J’aime choisir tardivement
    • J’aime être impliqué dans les décisions
  • Mon intérêt envers l’agilité ?
    • Les innovations games
    • L’approche “ludique”
  • Qui suis-je ?
    • Je suis un acteur sur mon produit

Cette présentation, à mon avis parfois délibérément caricaturale du monde de l’IT, nous montre que toute organisation est évidemment composée d’un grand nombre d’acteurs, tous avec des rôles et des objectifs différents. Cependant, tous ces objectifs pointent au final vers la production d’un produit et la résolution d’un besoin. C’est pourquoi, lorsqu’on parle agilité, il est nécessaire de savoir moduler son discours afin d’atteindre le public visé et ainsi permettre à l’ensemble des acteurs d’avancer vers ce but commun, cette vision dont parlait si justement Véronique Messager dans la keynote de l’Agile Tour Paris .

Pour conclure…

Pensée systémique, combination de méthodologies, psychologie agile, autant de vastes thèmes à explorer qui font que l’agilité s’améliore et s’agrandit continuellement afin de nous offrir des pistes et des débuts de solutions à un ensemble de problématiques toujours très actuelles. Un grand merci à l’Agile Tour Paris pour cette session 2012.

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COMMENTAIRES 1 commentaire

  1. […] l’article au complet sur le blog de So@t : http://blog-rec.soat.fr/2012/11/agile-tour-paris-trois-conferences-pour-parler-dagilite/. Posté dans […]

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