[ScrumDay 2013] Valeur ajoutée, attention danger !

Logo-Scrum-Day-2013En ce début de printemps 2013 quelque peu grisaillant s’est déroulé jeudi 11 avril le ScrumDay, salon organisé par le FSUG dont fait désormais partie notre célèbre agiliste Axel Villechalane. L’occasion pour moi d’assister à des conférences axées sur Scrum bien évidemment, mais également sur ce qui gravite autour. L’occasion pour vous chers lecteurs qui n’y étaient point de lire nos comptes rendus ! Voici donc mon premier retour, sur une session animée par mon ami lyonnais Romain Couturier, coach Agile @ Terre d’Agile, qui s’interroge sur la valeur ajoutée et ce qui se trame derrière cette appellation.

Parmi vous qui produit de la valeur ?

La session s’ouvre sur cette question, qui a douché les espoirs de Romain quant à la participation active de l’auditoire, mais que nenni, la session est bel et bien lancée, avec un rappel sur ce qu’est un Product Owner. Les Product Owner ne sont pas des utilisateurs, ce sont des représentants d’utilisateurs, ou au mieux des super-utilisateurs. Bien. Deuxième rappel, les deux approches pour piloter un projet :

  • pilotage par le jeu
  • pilotage façon aviation, on se guide en suivant les étoiles

Piloter un projet, on sait (plus ou moins) le faire. Un Product Owner quant à lui, pilote un projet par la valeur. Mais comment piloter ce besoin ?

Romain nous fait remarquer une différence dans la traduction du manifeste agile, entre “valuable software” et “grande valeur ajoutée”. Piloter par la valeur, c’est bien, mais c’est quoi la valeur ?

Qu’est-ce que la valeur ?

Le dictionnaire Larousse (à la rescousse !) nous donne plusieurs définitions, je retiens celles-ci :

Ce que vaut un objet susceptible d’être vendu, échangé, et en particulier son prix en argent

Importance, prix attaché subjectivement à quelquechose

Ron Jeffries, l’un des trois fondateurs de l’eXtreme Programming, donne la définition suivante :

Value is what you like.

Il y a dans ces définitions bien évidemment une notion d’argent, mais il y a également une notion de subjectivité très prononcée. Finalement la valeur, c’est tout ce qui motive, satisfait, et par conséquent incite l’utilisateur à fournir un effort.

Imaginer VS Vivre la valeur

La valeur se retrouve au centre de tout. Elle est en premier lieu hypothétique, conçue par les organisations, puis reçue par les utilisateurs et devient par conséquent réelle. Dans l’idéal, l’utilisateur devrait donc être lui-même Product Owner, mais ce n’est pas son job !

Du côté de l’organisation projet: quand ? comment ? combien ? sont les questions que l’on se pose afin d’imaginer la valeur. Du côté des utilisateurs, les questions sont plutôt Qui ? Quoi ? Pourquoi ? Je suis utilisateur, je vis la valeur. Lorsque l’on imagine la valeur, on imagine volontiers un tas de lingots d’or dûment acquis. Mais lorsqu’on la vit, on peut très souvent se retrouver sur un tas de feuilles mortes qui ne nous apporte aucune valeur.

A ce sujet, Romain nous fait part d’un retour d’expérience sur un projet dont le but était de traiter un flux d’informations sous forme de documents pdfs envoyés par mail. Le projet se passe superbement bien, le produit final est performant, mise en production au 1er Janvier… et au 2 Janvier, on se rend compte que 90 % du flux d’informations se fait par papier… Résultat, un projet n’a quasiment pas de valeur ajoutée pour le client !

En résumé,  la valeur est quelquechose de vendable, utilisable, et bien évidemment faisable. Cette valeur n’est pas forcément à rechercher du côté fonctionnel. Romain reprend le graphique de Claude Aubry sur les différents types de story, classées selon deux axes : visibilité et valeur positive / négative
typesUserStory

Pour reparler de Scrum, la valeur se situe dans le but d’une user story.

Des idées pour trouver de la valeur

La seconde partie de la conférence était axée sur la question “Comment trouver de la valeur ?”, et quelques idées nous ont été présentées. Tout d’abord le Value Proposition Canvas, créé par Alex Osterwalder. Ce modèle permet aux entreprises d’imaginer, tester et construire des propositions de valeurs en rapport avec les besoins de leurs clients, et ce de manière plus structurée et mieux pensée.ValuePropositionCanvas

Je passe rapidement sur la priorisation relative, avec des post-its que l’on bouge facilement, c’est ludique et ça a fait ses preuves. Vient ensuite dans la présentation le modèle de Kano, qui nous amène au constat suivant :

la valeur d’aujourd’hui est le prérequis de demain.
Kano

A l’aide de ce schéma, on constate que plus on investit dans les éléments attractifs, plus la valeur s’érode. Au bout d’un moment les utilisateurs sont habitués, ces éléments deviennent alors basiques ! On le voit très bien dans le monde des smartphones, il y a 6 ans, l’iPhone était révolutionnaire et attractif, aujourd’hui c’est devenu la norme.

Toujours pour partir à la recherche de cette valeur ajoutée, on pourra utiliser un Buy-A-Feature, Innovation Game dont je vous invite à aller lire la définition sur le site des innovation games.

Autre idée très intéressante : construire son modèle de valeur, à l’aide d’une grille des critères à établir dans laquelle on liste les critères de valeur ajoutée, ainsi que les personas représentant des utilisateurs types afin de déterminer les valeurs pour différents profils.modeleValeur

 Romain nous présente un exemple de priorisation avec 5 critères, tant côté organisationnel qu’utilisateur et constate avec une certaine amertume que le confort des utilisateurs est relégué à la 5e position, malgré une grande discussion avec le client… la dure vie d’un coach !

Toutes ces idées semblent intéressantes afin de trouver de la valeur, mais il faut se rendre à l’évidence : au final on ne sait pas comment le produit fonctionne tant que ça ne tourne pas en production !

Mesure et entretien de la valeur

Il faut donc mesurer la valeur que l’on apporte ! Tracer sur un graphe la courbe de la valeur développée au fur-et-à-mesure des itérations, la courbe de la valeur déployée en production, et enfin (et surtout !) la courbe de la valeur acquise et confirmée. Ainsi il faut faire la distinction entre acquérir et entretenir de la valeur. L’acquisition augmente la valeur du produit, on prend en compte les feedbacks et on réactualise notre modèle de valeur. L’entretien se fait sur une valeur récurrente, avec des utilisateurs prêts à investir du temps, de l’argent et de l’attention sur le produit.

Pour mesurer l’acquisition de la valeur, voici un outil que je ne connaissais pas : le Net Promoter Score. Simple et efficace, c’est un outil de mesure de la propension des clients à recommander un produit ou une marque.NPS-fr

Il est également important de visualiser le flux de valeur. Les connaisseurs penseront immédiatement et à juste titre au Kanban. En effet, dans le Kanban, le transport de la valeur est un élément important à prendre en compte !

Conclusion

La valeur peut être quelque chose de tout simple : on peut faire émerger de nouvelles valeurs de par leur absence dans le produit, absence identifiée par le feedback des utilisateurs.  La présentation s’achève sur une citation totalement dans le ton du sujet, de Henri Ford :

Si j’avais demandé à mes clients ce qu’ils voulaient, ils auraient répondu ‘un cheval plus rapide’, et pas une voiture.

Romain clôture en rappelant qu’il ne faut pas hésiter à valider et revoir son modèle de valeur, c’est tout simplement de l’amélioration continue ! Pour en revenir à Scrum, et pour répondre à la question : comment trouver un bon Product Owner ? Romain a la réponse : dans le marketing !

Cette excellente présentation a mis le focus sur un aspect fondamental de tout projet, la valeur, nous en a apporté une définition plus claire, et nous a donné les clés pour aller trouver cette valeur, la mesurer, l’entretenir. A la fin de la session, Romain nous a demandé de donner un Net Promoter Score, pour avoir un feedback sur sa présentation. Alors, suis-je détracteur, passif, ou promoteur ? Vous connaissez la réponse 😉

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COMMENTAIRES 3 commentaires

  1. Ce genre d’intro n’arrange pas l’hypertrophie des chevilles du célèbre agiliste 😉
    Merci en tout cas pour ce résumé bien complet !

  2. […] expression), le quadrant des types de User stories. J’en avais déjà parlé brièvement dans cet article. Cette technique développée par Claude Aubry permet de classer les User Stories selon deux axes […]

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