Chrome, bien plus qu’un simple navigateur web !

chromeAvant de commencer, je tiens à préciser que mon navigateur est Opera depuis de nombreuses années et que j’utilise de nombreux services Google. Cependant je suis de plus en plus fasciné par le navigateur de Google.

Ils ont réussi, en une poignée d’années, à dépasser Firefox qui avait enfin réussi à faire jeux égal avec Internet Explorer, contribuant ainsi fortement à relancer une concurrence saine entre navigateurs et à définitivement marginaliser des versions devenues obsolètes. Mais au-delà de cet aspect, ce qui m’intéresse dans Chrome aujourd’hui est la philosophie qui l’accompagne.

Je vous propose de (re)découvrir ce qui se cache(ra) derrière Chrome

Google et sa vision du web

Avant de rentrer dans le vif du sujet, il est important de s’attarder quelques minutes sur Google et surtout sur la vision du web très particulière qui entoure cette entreprise.

Pour faire simple, Google n’a qu’un seul objectif : faire en sorte que leurs utilisateurs soient tout le temps connectés. Ils ne s’en cachent d’ailleurs pas puisque c’était un des sujets de leur keynote lors du dernier Devoxx à Anvers.

Derrière cet objectif se trouve leur moteur économique : plus vous êtes connectés, plus ils auront l’occasion de vous afficher de la publicité. Et plus vous êtes connectés en utilisant leurs services, plus cette publicité sera pertinente grâce aux informations qu’ils auront emmagasinés lors de vos différentes actions.

Tous leurs coups d’éclat et toutes leurs innovations sont orientés autour de ce principe : Android, Google Glasses, Google+, YouTube, Gmail et bien évidemment leur navigateur, Chrome.

Chrome, l’enfant prodige de la navigation web

On a tendance à l’oublier devant son succès, mais Chrome est très récent (2008) comparé à ses principaux concurrents qui ont tous plus de dix années d’ancienneté au compteur. Google n’est bien évidemment pas reparti de zéro puisqu’il se basait sur le moteur de rendu Webkit également utilisé par Safari et de nombreux navigateurs mobiles pour migrer aujourd’hui sur Blink (clone de webkit).

Cependant Chrome avait tout pour réussir : Google est certainement l’entreprise comprenant le mieux le web et ils ont réussi à se maintenir à l’avant-garde en se diversifiant et en améliorant constamment leur moteur de recherche et leurs autres services.

Avant Google, les gens assimilaient Internet Explorer à l’internet car ils utilisaient cette icône sur leur bureau Windows pour se connecter. Maintenant c’est avec Google que cet amalgame se fait car il s’agit pour beaucoup d’un passage obligé pour accéder à un site, et ce bien souvent même s’ils en connaissent l’adresse.

Fort de cette expérience, Google a su la mettre à profit pour créer un navigateur redoutablement efficace et à leur image : simple, convivial, léger et rapide. Une fois le navigateur prêt à affronter le grand public, ils n’ont plus eu qu’à mettre leur puissance marketing et virale au service de leur nouveau bébé.

Le succès a été fulgurant et franchement bien mérité vu le vent de fraîcheur que le navigateur a apporté au web en offrant un véritable challenger à Firefox.

Il leur a simplement suffi de sortir des mises à jour à un rythme effréné, tout en étant invisibles pour l’utilisateur, pour maintenir leur avance technologique sur la concurrence et pousser les développeurs de sites web à mettre le navigateur en avant.

Aller plus loin que le simple navigateur

Pourtant il serait dommage de réduire Chrome à un simple navigateur. Il va en effet bien plus loin et son objectif à long terme est bien plus ambitieux.

Il y a une paire d’années, Google annonçait au monde entier son nouveau projet : ChromeOs. Un système d’exploitation entièrement basé sur le navigateur et 100% connecté. L’annonce avait fait grand bruit à l’époque, au moins dans les milieux technologiques, avant de disparaître du devant de la scène. Même le lancement des ChromeBooks, des ordinateurs ultra portables utilisant ChromeOs, n’a pas vraiment ravivé la flamme.

Pourtant ce concept de système entièrement connecté sera fort probablement la clef de l’informatique de la prochaine décennie. Et encore une fois Google a pris une avance assez confortable sur ses concurrents directs, en l’occurrence Microsoft qui communique peu sur son système Midori et même Firefox qui aura plus de mal à convaincre des partenaires.

A l’heure actuelle le concept n’est pas complètement mature, cependant il s’améliore très rapidement et le navigateur Chrome se trouve être l’acteur principal de ces avancées. En effet petit à petit Chrome se rapproche d’un véritable système d’exploitation fonctionnant sur un autre, que ce soit Windows, Linux et MacOs ou bien Android et iOs. Et avec ChromeOs et les ChromeBooks tout est déjà prêt pour se débarrasser de cette couche intermédiaire qui est en train de devenir inutile pour de nombreuses personnes.

Encore mieux, Google met de plus en plus en avant les Chrome Apps. Il s’agit tout simplement d’applications basées sur Chrome et profitant de fonctionnalités natives qui ne sont pas disponibles pour les sites web habituels telles que le système de fichiers ou les ports USB par exemple.

Parmi les fonctionnalités encore peu connues de Chrome, vous pouvez par exemple prendre le contrôle de votre ordinateur à distance, ou bien accéder à la caméra pour communiquer avec d’autres personnes via vidéo sans utiliser Skype par exemple.

Depuis peu, ces applications peuvent même se lancer directement depuis le système d’exploitation sans devoir lancer chrome au préalable. Elles sont également conçues pour fonctionner hors ligne, souvent avec un fonctionnement dégradé, afin de limiter leur dépendance au web, empiétant cette fois-ci sur les plates-bandes de Adobe AIR ou encore JavaFX.

Le principal intérêt pour les développeurs est de pouvoir créer des applications fonctionnellement plus riches qu’un site web en gardant les mêmes outils, les mêmes frameworks et les mêmes habitudes de développement puisque tout est basé sur le trio HTML/CSS/JavaScript et utilise les standards du web autant que possible.

Bien évidement l’objectif de Google n’est pas de limiter ces applications au monde du pc de bureau mais bien de créer un écosystème capable de fonctionner partout où Chrome est présent. C’est à dire sur ordinateur, sur les ChromeBooks et maintenant sur smartphones et tablettes vu que Chrome est également disponible sur celles-ci.

Le système est même conçu pour que toutes vos données se synchronisent automatiquement entre vos différents périphériques. Imaginez, vous commencez un travail sur votre tablette dans le train puis vous continuez naturellement en utilisant la même application sur votre PC en rentrant chez vous. Ce type de choses est déjà possible, mais l’objectif des Chrome Apps est de rendre ce mode de fonctionnement encore plus naturel et simple aussi bien pour le développeur que pour l’utilisateur.

Et même si pour le moment l’écho n’est pas aussi bon que sur les stores Android ou iOS, le Chrome WebStore possède plusieurs milliers d’applications et grandit doucement.

Chrome, le meilleur ami du développeur

Un autre aspect important de la culture de Google est son attrait pour les développeurs. De manière générale, leurs Apis et leurs outils sont tout aussi séduisants pour les développeurs que leurs produits le sont pour le grand public. Cela permet de créer rapidement une communauté concevant des logiciels et sites web utilisant leurs produits et donc d’attirer les utilisateurs de cet écosystème vers leurs propres outils.

Chrome ne déroge pas à la règle et il s’agit à l’heure actuelle du meilleur navigateur pour développer un site web. Il se trouve à la pointe pour l’implémentation des nouvelles normes HTML5 et surtout ses possibilités de débogage sont impressionnantes lorsque l’on prend le temps de les approfondir. Le tout avec plus de 30% de part de marché et une disparité de version extrêmement faible grâce aux mises à jour automatiques.

En plus de toutes ces choses, les développeurs de Chrome sont extrêmement actifs sur internet et dans les conférences. Ils communiquent via un blog et un compte Google+ très actifs et à travers de vidéos publiées sur YouTube très régulièrement. Au-delà de leur profusion, ces ressources sont généralement de très bonne qualité et très pédagogique.

Toute cette documentation permet de bien mieux appréhender la puissance de Chrome et donc de l’utiliser.

En conséquence, même si Firefox et son extension Firebug ont longtemps été les outils privilégiés par les développeurs Web, aujourd’hui mon développement Web se fait entièrement sous Chrome. Les autres navigateurs ne servent alors qu’à valider que tout se passe bien. En cas de problème, mon premier réflexe est de tenter de reproduire le problème sous Chrome car c’est sur ce navigateur qu’il sera fort probablement le plus simple de le diagnostiquer et de le résoudre.

C’est également un constat que je fais autour de moi, malgré les habitudes forgées par des milliers d’heures d’utilisation, de plus en plus de développeurs basculent de Firefox vers Chrome.

Ce changement peut sembler anodin pour le résultat final, sauf que c’est loin d’être le cas. Vous avez beau tester en profondeur votre site sur tous les navigateurs, vu que le développeur a travaillé sur Chrome, c’est sur ce navigateur que vous aurez le moins de chances de rencontrer de problèmes. C’est aussi sur celui-ci que le site sera probablement le plus optimisé. Et en cas de problème, la première réponse du développeur risque d’être : “avez-vous testé sur Chrome ?”.

Toutes ces choses mises bout à bout font que les gens associent inconsciemment Chrome au meilleur choix pour consulter les sites.

Un navigateur qui a un pied dans l’avenir

Un autre point intéressant et souvent méconnu de Chrome est sa version dite “Canary”.

Il s’agit d’une version intégrant des fonctionnalités utilisables mais pas encore prêtes pour le grand public. Ces fonctionnalités sont le plus souvent expérimentales et servent à les tester plus en profondeur avant de les proposer au public. Il s’agit de “Canary testing” au niveau du navigateur.

Cette version est particulièrement intéressante pour les développeurs Web puisqu’elle permet de se faire la main et de tester des fonctionnalités qui sont encore en phase d’implémentation dans Chrome. Certaines de ces fonctionnalités ne sont même pas en cours de standardisation et dans ce cas l’implémentation dans Chrome Canary permet de la tester avant de commencer un long processus de standardisation.

Là encore, les équipes de Google sont prolixes en articles et démonstrations technologiques et projettent auprès du public un peu technophile une image avant-gardiste et innovante.

Conclusion

Au final il serait dommage et naïf de voir Chrome comme un simple navigateur « comme les autres ». Il propose bien plus et s’inscrit directement dans la philosophie de Google : proposer des outils incroyablement efficaces aux utilisateurs et aux développeurs pour construire une communauté enthousiaste qui portera leurs produits.

Mais il est également important de se rappeler que Google n’est pas une société philanthropique et que son objectif final est de savoir un maximum de choses sur les internautes afin de proposer de la publicité toujours plus pertinente et donc rentable pour ses clients.

Cependant, encore une fois, la vision et la stratégie de Google me semble la plus en phase avec les évolutions de l’informatique. L’approche consistant à considérer le navigateur comme le système d’exploitation universel du futur me semble bien plus pertinente que celle de miser sur des applications natives spécifiques à sa plate-forme.

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COMMENTAIRES 2 commentaires

  1. Basheer dit :

    Intéressant. En voulant optimiser Chrome, Google a écrit un moteur JavaScript exceptionnel (V8). Effet de bord: maintenant on trouve de plus en plus de sites qui mettent du JavaScript côté serveur grâce à NodeJS. C’est aujourd’hui une plateforme de “hobbyest” dont les *vrais entreprises* (ceux qui arrivent à utiliser Websphere avec des contrats de maintenance IBM) ne veulent pas… un peu comme le PHP d’il y a 10 ans. 🙂

  2. Anon dit :

    Interessant mais je ne suis pas d’accord avec tout.

    Pour moi le plus utile reste firefox.
    Même si je reconnais l’avance au niveau de la rapidité (surtout pour le javascript, la fluidité est excellent), je le trouve quand même moins pratique pour le développement qu’un firefox + extensions.
    J’aime aussi moins l’ergonomie trop épurée mais c’est un gout personnel.

    Au niveau du développement, je préfère firefox car c’est pour moi le meilleur compromis :

    Le support des standards est inferieur a chrome mais c’est justement pour ça que je l’aime.
    Si ça marche sur firefox, ça marchera pour chrome, mais aussi pour opera, ie(9/10) et même safari si on a du bol.

    Alors que si je dev sur chrome, j’ai trop de liberté, je met tous les derniers gadget qui m’obligeront a tout adapter ensuite pour les autres, et c’est quand même beaucoup de temps perdu.

    Mais j’imagine que dans un futur proche c’est vraiment lui qui va prendre le dessus, et j’aime pas trop ça d’ailleurs…
    Le libre à encore perdu !

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