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[Agile France 2015] Par-delà les évènements Agiles

Après avoir écumé la plupart des granAgile Franceds évènements Agiles ces derniers mois, je suis allé à l’Agile France, en espérant ne pas trop ressentir un goût de déjà-vu. Pour ma première participation à cet évènement, on m’avait prévenu que c’était différent des autres salons. De prime abord, le fait qu’aucun sponsor ne soit autorisé à participer financièrement à l’organisation, ainsi que le lieu hors norme en plein cœur du bois de Vincennes, font de l’Agile France un évènement à part. Par ailleurs, le thème « Par-delà l’Agilité » laissait présager une programmation intéressante.

Pour respecter le thème proposé, j’ai essayé de sélectionner les conférences qui me semblaient, à priori, sortir du cadre conventionnel. Rien de tel qu’un orateur qui commence sa présentation par dire qu’il ne connait rien à l’Agilité, mais dont le discours laisse transparaitre les valeurs que nous défendons au quotidien.

Cet article a pour objectif de retranscrire la conférence qui, parmi l’ensemble de celles auxquelles j’ai pu assister, m’a paru être la plus « hors cadre ».

Créer une culture de la décision : un financier nous en parle

Agile FranceCette conférence a été réalisée par François Rimeu, qui s’est présenté à nous avec beaucoup d’humilité, en nous disant clairement qu’il ne connait rien à l’Agilité. C’est pourquoi il nous a donné le droit de ne pas être d’accord avec lui, voire même de l’insulter. Par ailleurs, il a réalisé sa présentation sans support, avec un simple paperboard pour schématiser sa pensée. Cela me semble important à préciser, car l’exercice demande une certaine maîtrise pour réussir à capter l’attention des participants.

Contexte

Pour commencer sa présentation, il a pris la peine de nous expliquer son métier en deux mots. En effet, il travaille dans le milieu de la finance, en tant que responsable d’une équipe d’une dizaine de traders qui opèrent sur ce qu’il appelle « le plus grand jeu vidéo du monde ».

Le défi majeur de son métier est la prise de décision rapide, dans un contexte extrêmement stressant. Il nous décrit trois stades de panique qu’il cherche à éviter à tout prix, afin d’éloigner sa hiérarchie qui, dans ces situations, prend généralement de mauvaises décisions. En effet, dans ces situations extrêmes, de nombreux biais apparaissent, tels que le « wishful thinking » (vœu pieux) ou l’effet rétroviseur (ex : « je vous l’avais bien dit »).

Pour favoriser une prise de décision rapide, il a dû mettre en place un processus carré, dans le but d’anticiper la plupart des situations à risques. Ce processus de prise de décision se construit par une première phase de réflexion de plusieurs jours. Il est ensuite consolidé et synthétisé, avant d’être partagé à l’équipe et communiqué aux responsables. Même si, au final le processus ne peut pas gérer tous les cas, il doit être conçu pour limiter les pertes en cas d’erreurs.

Objectif

Approche ContrarianteDans le contexte de son organisation, son objectif est de gagner un peu tout le temps, tout en évitant de se retrouver dans une situation où la seule option possible reste « l’invocation divine ». Sa stratégie est d’éviter l’effet moutonnier par une approche contrariante, qui consiste à ne pas faire comme les autres et à être là où personne n’est. Sa principale difficulté est de réussir à tenir ses positions quel que soit le bruit du marché, qui parfois est en contradiction avec le résultat du processus de prise de décision. Parfois, il faut savoir tenir ses positions, même si on est le seul à ne pas gagner d’argent. En effet, sur un marché très cyclique, quand il ne se passe rien, « Ne rien faire » devient une vraie décision. Dans ce contexte, le rapport au temps devient très compliqué et, quand on s’ennuie, il est facile de laisser de côté son processus. Pour cela, il faut mettre en place des garde-fous.

J’ai retenu une phrase-clé dans le discours : « Les marchés financiers c’est très con, avec 10 principes bêtes, on couvre 80% des cas ». Partant de là, ils en sont venus à organiser leur espace de travail pour que ces principes de base leur soient constamment rappelés. Cela se matérialise par de simples affiches avec les principes synthétisés par des phrases chocs du type : « Don’t catch a falling knife », « Cash is good », « Stick to the plan »… Dès que le stress intervient, un simple coup d’œil aux affiches permet de se forcer à tenir le processus. Et, à chaque nouvelle erreur, une nouvelle affiche vient s’ajouter pour rappeler à chacun les erreurs du passé.

Par ailleurs, dès que quelqu’un se perd dans une analyse technique trop poussée qui, neuf fois sur dix, ne fonctionne pas, il met une pièce dans le « cochon ». Ça permet de se payer des bières régulièrement.

De plus, le processus de prise de décision est ajusté régulièrement de façon itérative pour répondre aux contraintes d’un environnement extrêmement mouvant.

Analogie Agile

L’orateur, connaissant à priori peu de chose à l’Agilité, a laissé à chaque participant le soin de faire l’analogie. Pour cela, il aurait peut-être fallu que cette présentation soit menée en binôme avec un agiliste, pour la rendre plus abordable à un public non averti.

En effet, un processus Agile est un processus de prise de décision itératif. Par exemple, Scrum définit un ensemble de règles simples permettant à une équipe de prendre ses décisions en toute autonomie. Dans ce processus, le Scrum Master joue le rôle de garde-fou pour s’assurer que l’équipe suit les règles du jeu. Par ailleurs, les équipes Agiles ont pris l’habitude de tirer parti du management visuel pour favoriser la prise de décision sur la base d’éléments factuels. Cela contribue à encourager l’émergence de l’auto-organisation et soutient également le processus d’amélioration continue. De plus, l’Agilité tend à favoriser l’adoption de règles simples afin de laisser émerger des comportements complexes.

Toutes ces notions ont été abordées lors de la conférence sans être explicitement liées à l’Agilité. D’ailleurs, pour ceux ayant assisté à la conférence, si j’en oublie certaines, n’hésitez pas à réagir en laissant un commentaire pour enrichir l’analogie.

Conclusion

AgileFranceAu-delà de mon retour sur cette conférence, pour moi, l’Agile France a tenu toutes ses promesses par la diversité des thèmes abordés. En effet, j’ai pu également assister à un atelier de pratique philosophique dont on ne sort pas indemne, à un retour d’expérience sur la mise en place d’une démarche d’intelligence collective chez FDJ, à la découverte de nos motivations primaires grâce à l’Approche Neurocognitive et Comportementale… et j’en passe.

Par ailleurs, un Open Space organisé le premier jour m’a permis de débattre sur la difficulté de chiffrer un appel d’offre pour un projet Agile, puis de découvrir le modèle de la Spirale Dynamique.

Ma seule frustration provient de la difficulté dans la sélection des sessions. Pour cela, mieux vaut avoir un processus de prise de décision efficace.

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