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[Lean Kanban France 2015] L’histoire d’une entreprise qui se libère

lkfr-new-logoLors de la dernière édition du Lean Kanban France, j’ai eu la chance d’assister à la conférence d’une personnalité ayant vécu le chemin de la libération de son entreprise : Alexandre GERARD, patron de inov-On (groupe de la société Chronoflex). Lors de cette conférence, il nous a raconté l’histoire de ce parcours.

Connaissant assez bien le sujet de l’entreprise libérée pour m’y être intéressé de près, j’aurai pu en profiter pour assister à d’autres conférences ayant lieu en même temps. D’autant qu’en parallèle, il y avait des sessions qui semblaient fort intéressantes comme celle de Don Reinertsen, une personnalité incontournable du Lean. Je n’ai finalement pas regretté mon choix, car on peut dire qu’il sait bien la raconter, son histoire.

Mon objectif, n’est certainement pas de vous la raconter à sa place, pour cela je vous invite à visionner la conférence sur YouTube. Par contre,  j’ai noté,  au cours de cette présentation, de nombreuses phrases-clés qu’il me semblait important de vous retranscrire dans cet article.

Le grand saut

 

Entreprise libéréeLors de sa conférence, il commence par nous définir ce qu’est l’entreprise libérée : « ce n’est pas un état, c’est un chemin ».

Sa volonté de libérer son entreprise est venue de deux événements. L’état d’urgence d’une boîte dont le chiffre d’affaire plonge du jour au lendemain, et sa rencontre avec Jean-François Zobrist, ancien patron de FAVI et père de l’entreprise libérée en France.

 

Le déclic

Lors de la situation d’urgence vécue dans son entreprise, il nous décrit l’apparition d’un phénomène illustré par la règle des 3F (Fight, Flight, Freeze). Dans ce type de contexte, 15% des gens se battent, 15% fuient et les autres font les morts, pétrifiés par la peur. C’est là qu’il nous dit : « On ne peut rien soigner dans une organisation tant que la peur n’a pas été évacuée. »

Dans sa recherche de solution, il nous raconte sa rencontre avec Jean-François Zobrist lors d’une conférence sur l’entreprise du 21ième siècle. Euphorisé par son discours, Alexandre GERARD va lui demander comment faire pour appliquer ce qu’il venait d’entendre dans son entreprise. C’est là que Jean-François Zobrist lui dit : « Démerde-toi ! »

 

La stratégie

Il sort très remonté de cette rencontre un peu abrupte. A la suite de la conférence, il achète tous ses livres pour les lire et relire encore. Finalement, cette énorme claque a pour effet de le lancer dans l’aventure de la libération de son entreprise. Il nous confie alors sa stratégie. « On va agir sans rien dire. On va faire, et on expliquera peut-être après. ». Il reprend un ancien dicton pour illustrer son propos : « Dire fait rire, faire fait taire ! ». Plus loin, il nous révèle que « la pire des conneries c’est de communiquer sur les changements. Surtout ne pas dire ce qu’on va faire ». Cette stratégie permet de limiter les résistances en partant du principe que les gens n’aiment pas qu’on les change. De plus, même si l’objectif n’est pas communiqué, toutes les actions sont lancées en toute transparence.

 

L’action

Sa première action a été de faire le tour de la France pour rencontrer les équipes et faire émerger des valeurs communes. Je pourrais vous les retranscrire, mais il s’agit de valeurs qui leurs sont propres. Mon propos est plutôt de souligner l’importance de la démarche.

Parmi les autres actions marquantes, il y a eu la suppression de tous les symboles de pouvoir. A ce sujet, j’ai particulièrement apprécié le passage sur leur réseau social d’entreprise. Jusqu’à présent, la diffusion de l’information était maitrisée grâce aux différents comités de direction hebdomadaires. Par la suite, la mise en place du réseau social d’entreprise a permis de porter la politique de diffusion de l’information de façon transparente. « Toute l’information stratégique de la boîte est partagée sur notre réseau social interne qui est une pure merveille. C’est la machine à café de la boîte. » Ce message résonne particulièrement en moi car je suis fermement convaincu du futur avènement de ce type d’outils en entreprise. Je pense que la clé de l’adoption des réseaux sociaux internes en entreprise est de s’en servir pour soutenir la transparence de l’information à tous les niveaux de l’organisation.

 

L’enjeu, c’est les familles

 

familleLe chemin parcouru qu’il nous a décrit est loin d’être idyllique, il est parsemé d’embuches. Il nous dit alors qu’il veut se « désintoxiquer » de sa boîte. Pour cela, il va aller au bout de la stratégie du « laisser faire ». Mais surtout, afin de se ressourcer en famille, il nous raconte qu’il décide de partir un an en voyage. Or, trois jours avant de partir, une de ses collaboratrices lui annonce qu’elle souhaite travailler sur la refonte globale du système de rémunération et de variable. Loin d’être rassuré, il part quand même. Ce nouveau chantier nécessite un travail de longue haleine, et finit par déboucher sur un système de rémunération basé sur la simplicité, la transparence et l’équité. A ce moment, il nous dit « quand on rentre d’un an de voyage et que vous voyez que l’entreprise, elle va beaucoup mieux que quand vous étiez là, il faut avoir un peu travaillé sur soi ! » En effet, l’entreprise connait sa meilleure année depuis sa création, et ce dans un secteur loin d’être en pleine embellie.

 

La motivation

Par ailleurs, l’exemple qu’il a pris pour illustrer la motivation m’a également particulièrement touché. En observant ses enfants pendant qu’ils jouaient à construire une cabane, il a constaté que le meilleur moyen de les démotiver était de leur expliquer comment construire une cabane encore plus belle. Il nous dit plus loin : « Je suis responsable de l’engagement de mes employés ».

 

Les 300 familles

Plus tard, il assiste à une conversation d’une de ses collaboratrices expliquant à un visiteur qu’elle arrive aujourd’hui à dire à ses enfants : « Ce n’est pas grave si tu te plantes, j’ai une confiance totale en toi et je sais qu’un jour tu trouveras la solution ». En assistant à cette discussion, il comprend que « l’enjeu c’est les 300 familles qui bossent là-dedans. »

 

Les leçons

 

leconsComme dans toute entreprise libérée, « la clé de voûte du système, c’est la vision et les valeurs ». Et, parmi les principes au cœur de l’organisation, il y a, avant tout, la confiance : « c’est celui qui fait, qui sait ! » dit Jean-François Zobrist.

C’est ainsi qu’il en vient à nous partager les quatre leçons qu’il a personnellement tirées de cette transformation :

  • « Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin. » Un dicton africain bien connu. Etant un homme pressé, il nous révèle que son application n’est pas toujours facile à vivre pour lui.
  • « Si tu veux changer ton organisation, commence par changer toi-même » inspirée d’une phrase célèbre de Ghandi.
  • « Ce n’est pas que les gens n’aiment pas changer, les gens n’aiment pas qu’on les change. » Citation empruntée à l’ancien CEO d’Harley-Davidson Richard Teerlink
  • « Que d’efforts il faut faire pour ne pas agir ». Il décrit cette partie comme étant probablement la plus difficile à intégrer pour les organisations qui se lancent : «La question ce n’est pas ce qu’on va faire, mais ce qu’on va laisser faire ! »

 

Son activité aujourd’hui

 

Pour finir, après nous avoir raconté son histoire, les différentes questions posées par les participants l’amène à nous décrire son activité. La libération de son entreprise a permis de lui laisser beaucoup de temps libre. En effet, il nous révèle qu’uniquement un tiers de son temps est consacré à sa boîte. Le temps qu’il lui reste est partagé entre l’accompagnement de dirigeants qui souhaitent se lancer dans une aventure similaire et la participation à des conférences comme celles réalisées au Lean Kanban France.

« En permanence on ajuste la distance avec l’organisation. Ça me laisse beaucoup de temps de libre, et c’est pourquoi je suis là. »

Le temps qu’il passe dans son entreprise, il le consacre à trois « activités » :

  • « Remettre la vision au cœur des préoccupations de tout le monde. Bien qu’elle ait été co-construite, elle passe son temps à s’évaporer »
  • « Créer un environnement nourricier »
  • « Etre le gardien de la liberté, des valeurs et de la culture »

 

Conclusion

 

Alexandre GerardAlexandre GERARD nous a finalement parlé de l’impact sociétal que pouvait avoir la transformation des nombreuses entreprises qui suivent aujourd’hui son exemple. En effet, sa récente expérience de coach accompagnateur de dirigeants d’entreprises l’amène à dire : « Je suis convaincu que dans moins de cinq ans, le monde économique aura basculé ! »

Il a également insisté sur l’impact positif que ces transformations pouvaient avoir sur l’ensemble des familles indirectement impliquées. Or je suis particulièrement sensible à ce sujet, car j’ai moi-même donné chez SOAT une conférence intitulée “Être Agile en famille” que je vous invite à visionner sur notre chaîne YouTube.

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COMMENTAIRES 1 commentaire

  1. Inza dit :

    Bel article.
    Quelques phrases pleines de sagesse et d’expérience…..de belles vérités.
    Congrats pour cette synthèse.

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